Sébastien Bance photographie les femmes dans le rock

Sébastien Bance est un photographe autodidacte passionné d’image et de musique. Dans le cadre de sa collaboration avec la revue spécialisée Longueur d’Ondes, il a photographié de grandes artistes de rock lors de concerts sur différentes scènes nationales. Son contact avec les rockeuses lui a permis d’en suivre certaines dans l’intimité de leur loge. L’exposition « Les Filles du Roc(k)» est le fruit de ce travail. Interview.

Bonjour Sébastien. Vous vous passionnez dans un premier temps pour la photographie de sites abandonnés. Nous sommes à mille lieues des concerts de rock !
Deux mondes si différents et pourtant, la démarche reste la même. En photographiant des friches, des sites abandonnés, parfois même des villes fantômes, il s’agit de considérer l’évolution des lieux, de partager des sensations avec poésie et pudeur, suspendre le cours ordinaire de la vie pour inviter à l’écoute, aux regards, au partage. Précisément ce que je recherche lorsque je me rends à un concert pour photographier les émotions fugaces échangées entre des artistes et leur public. Le titre d’un livre que j’ai consacré aux explorations urbaines porte d’ailleurs le nom d’une chanson du groupe Dolly, Quand l’herbe nous dévore. La boucle est bouclée!
Comment expliquez-vous cette confiance, ou cette complicité, des rockeuses qui ont accepté que vous les suiviez dans l’intimité de leur loge ?
Il est des personnes qui portent très haut les projets de petits artisans, ayant pour passion commune la recherche du beau. Il y avait beaucoup d’enthousiasme et de générosité de la part de ces femmes pour participer à ce projet. Beaucoup d’entre elles se sont beaucoup investies, comme Ysé qui a préfacé le livre des Filles du Roc(k).Une nécessaire confiance doit s’établir entre un artiste et un photographe, en l’occurrence pour ces femmes qui me confiaient quelque chose de précieux : leur image. Je me suis fait le plus discret possible afin qu’elles finissent par oublier ma présence. Je suis ainsi devenu spectateur invisible de leurs doutes et leurs angoisses avant qu’elles ne montent sur scène mais surtout lorsqu’elles sont sur scène.À force de confiance, la complicité s’installe ouvrant la porte à de nouvelles opportunités. C’est de cette manière que Manu (ex-Dolly, photo ci-dessus) m’a confié la promotion de son album La Vérité à travers quelques photos réalisées lors d’une répétition.
Dans votre travail, vous privilégiez le noir et blanc. Pourquoi ce choix ?
La photographie, c’est raconter une histoire. Le choix entre la couleur et le noir et blanc est la manière dont vous souhaitez la raconter. Au-delà de l’unité esthétique de l’exposition, les portraits en noir et blanc reflètent instantanément ce que le photographe sent et ressent. On va à l’essentiel, c’est plus abstrait, on clarifie le message. On ne s’arrête pas sur les détails de la scène. En parcourant les photos de cette exposition, on se focalise sur l’essentiel : les artistes. On ressent les émotions qu’éprouvent ces femmes sur scène. Les expressions sont plus intenses, plus profondes. On perd aussi nos repères, toutes références à une période. Le noir et blanc offre des images intemporelles pour une musique qui l’est tout autant. Qui pourrait mettre une date sur les clichés noir et blanc de Richard Bellia ou Pierre Terrasson ?
Vous citez Deborah Harry (Blondie), dans le préambule de votre site consacré aux Filles du roc(k) : « Les femmes vont être les nouveaux Elvis. C’est la seule issue pour le rock’n’roll. Les seules personnes qui peuvent exprimer quelque chose de nouveau dans le rock sont les filles […] ». Cela ne traduit-il pas une démarche militante, voire féministe ?
Féministe ? Oui, et je le revendique. Bien qu’il s’agisse surtout de bon sens. Et si cette exposition peut susciter des vocations, tant mieux. De plus en plus d’hommes dénoncent ces absurdités qu’il existe encore au sujet de la position des femmes dans l’organisation sociale. Ce que l’on peut transposer dans le paysage musical. L’image d’une femme avec une guitare électrique surprend encore. Parce que le rock se définit par son rythme et sa violence, on attend des rockeuses qu’elles apportent une certaine douceur dans un univers dominé par les hommes. À la genèse des Filles du Roc(k), j’avais le désir fou d’organiser un festival qui aurait porté le nom de Lysistrata, mettant en avant la prépondérance des femmes au sein de la nouvelle scène rock. Lysistrata, qui est une comédie grecque antique, est une conspiration des femmes en faveur de la paix. Plutôt qu’un « Faites l’amour, pas la guerre » qui n’a jamais eu le pouvoir de mettre un terme à un conflit, Lysistrata propose plutôt aux femmes de déclencher une grève totale du sexe pour que les hommes reviennent à la raison et stoppent les combats. De ce message de liberté et d’indépendance, de ces rencontres avec les artistes pour les besoins du festival est né le projet des Filles du Roc(k).
Le livre Les Filles du Roc(k) promet d’être un bel hommage à toutes ces femmes qui font que le rock n’est pas seulement une histoire d’hommes. Il a remporté la cinquième place du concours national du livre d’auteur en 2014, concours réalisé par la Fédération Photographique de France. Qu’en est-il aujourd’hui de son édition ?
Des pages blanches attendent encore des artistes comme France de Griessen ou La Pietà. Jennifer Finch de L7 m’a aussi contacté, à l’occasion de leur précédente tournée en France, pour rejoindre l’aventure. Malheureusement, on a du remettre ça à plus tard. Il y a encore beaucoup d’artistes que j’aimerais photographier avant d’envisager une édition. Mon ambition n’est pas de réaliser une encyclopédie du rock féminin mais faire l’impasse sur certaines artistes pour éditer dans la hâte un livre me donnerait un goût d’inachevé. Comme je vous le disais, le rock,comme les photos noir et blanc, est intemporel. J’ai donc tout mon temps. En attendant d’être prêt, je partage ces portraits à travers une exposition.
Merci pour cette interview Sébastien. Continuez de magnifier les rockeuses au travers de votre regard ! 

Photos : Mademoiselle K, Manu,Shaka Ponk et Toybloïd © Sébastien Bance

Plus d’infos : sebancephoto.wixsite.com/dubruitdanslagrange

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