The Slits : premier groupe de punk féminin

Ces pionnières se sont distinguées des formations masculines en n’arborant ni iroquoise, ni creepers. Elles ont pourtant fait preuve d’extravagance et d’originalité. Musicalement, elles ont marqué la fusion du punk et du reggae.

Nous sommes au milieu des années 1970 au Royaume-Uni. Le Swinging London vient d’être balayé par une vague contestataire sans précédent : le mouvement punk. Ses pionniers se nomment Les Sex Pistols et The Clash. C’est dans ce contexte que naît le premier groupe de punk rock entièrement féminin. Les quatre filles qui composent le premier line-up, en 1976, donnent immédiatement le ton en choisissant de s’appeler The Slits (les fentes en anglais). Parmi elles, une anglo-allemande de 14 ans qui vit dans un environnement peu banal. Elle s’appelle Arianna Forster et prendra comme nom de scène Ari Up. Sa mère côtoie du beau monde : Jimi Hendrix, Chris Spedding, Jon Anderson (Yes)… C’est Joe Strummer (The Clash) qui donne à Ari sa première leçon de guitare.
Le parcours musical de The Slits est marqué par deux grandes périodes. Dans un premier temps, leur musique se caractérise par un punk rock que les observateurs de l’époque qualifient d’amusant. Cela n’empêche pas le groupe d’être imprévisible en concert et d’avoir un jeu plutôt rude. Tout comme leurs homologues masculins, les punkettes sont de mauvaises musiciennes et hurlent, plutôt qu’elles ne chantent, leur rage de vivre. Par contre, elles se distinguent par leur excentricité vestimentaire mais n'adoptent jamais les iroquoises ou les creepers emblématiques du punk.
Le groupe évolue ensuite vers la musique reggae et le dub, délaissant le style virulent de ses débuts. Les filles arborent maintenant des dreadlocks. Ce n’est en 1979, lorsqu’elles deviennent de vraies musiciennes, qu’elles sortent enfin leur premier album, Cut, un curieux mélange d’esprit punk et de groove reggae. Cut est devenu célèbre pour sa pochette où les filles posent topless, le corps couvert de boue. A ce moment-là, The Slits qui a changé plusieurs fois de line-up compte désormais un membre masculin en la personne du batteur Bruce Smith. Cependant, sa présence n’est jamais valorisée, pour ne pas casser le concept de cette formation punk féminine. Cut est un succès… auprès des critiques car l’album ne trouve pas son public.
Des années 1980 aux années 2000, le groupe toujours avant-gardiste, sort plusieurs albums aux influences et aux fortunes diverses, car le charme n’opère plus. Les titres des albums ne manquaient pourtant pas d’humour : The Return of The Giant Slits (1981), Revenge of the Killer Slits (2006).
Ari Up a été la plus médiatisée de ces pionnières du punk. En 1982, la presse parle de son départ pour la Jamaïque où elle entame une carrière d’animatrice télé, mannequin et danseuse tandis qu’à Londres les autres membres annoncent la séparation du groupe (celui-ci se reformera en 2006). Ari fait une dernière fois la Une en 2010 lorsque Johnny Rotten (ex-Sex Pistols), son beau-père, annonce sa disparition, emportée par un cancer à l’âge de 48 ans.
Le dernier enregistrement du groupe, Trapped Animal (2009), est aujourd’hui considéré comme un album phare de la génération post-punk. Le livre de Zoë Street Howe, Typical Girls? The Story of The Slits (2009) a permis à la formation de ne pas sombrer dans l’oubli. The Slits a été une source d’inspiration pour le mouvement Riot grrrl des années 1990.
Photo de Une © Non renseigné
Photo de Ari Up © Sakura Zilla
The Slits at the Electric Circus (Manchester-1977 © Kevin Cummins/Getty

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